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La sale gueule du travail

par des chômeurs/meuses actifs/ves

samedi 31 janvier 1998, par le réseau d’AC !

« Quand le travailleur s’endort il est bercé par l’insomnie et quand son réveil le réveille il trouve chaque jour devant son lit la sale gueule du travail
qui ricane qui se fout de lui  ».

par Prévert, « Le paysage changeur  », Paroles.


La dignité humaine n’est pas dans le travail salarié, parce que la dignité ne peut s’accommoder ni de l’exploitation ni de l’exécution de tâches ineptes, et pas davantage de la soumission àune hiérarchie.

La dignité des humains est dans leur capacité et leur obstination àrêver leur vie, àse raconter leurs rêves, àvouloir construire ensemble un monde sans argent où seul compte l’humain.

Il est absurde, et faux historiquement, de dire comme certains intellectuels que « le travail est le premier des droits de l’homme  ». Le travail ne figure nulle part dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et les émeutiers révolutionnaires n’en réclamaient pas. Ils posaient la question des « subsistances  » et exigeaient « Le Pain et la Liberté  ». Aujourd’hui comme hier, tout être humain, dès lors qu’il n’exploite pas ses semblables, a droit àla subsistance (logement, nourriture, transport, culture, etc.). C’est ça le minimum social !

Il ne s’agit pas de « partager le travail  », comme on se met àplusieurs pour porter un fardeau, ni même de travailler « tous, moins, autrement  ». En vertu de quelle morale masochiste faudrait-il réclamer et partager la misère et l’ennui salarié, au service des patrons ou de l’État ?

La satisfaction du travail bien fait, la fierté de l’artisan, conscient de l’utilité sociale de son travail, ne sont plus de mise sous le capitalisme industriel où la majorité des gens sont employés àdes tâches stupides et ne produisent que des nuisances.

Si le capitalisme se contente désormais pour prospérer d’un nombre plus réduit de travailleurs (dans les pays occidentaux), de notre côté nous n’avons que faire de la plus grande partie de ce qu’il nous impose et nous vend. Aussi est-il absurde de réclamer « la création d’emplois  » ; les richesses existent pour assurer la subsistance àtoutes et àtous. Nous n’avons qu’àles partager. Quant au reste, une révolution sociale fermerait davantage d’usines, supprimerait plus d’emplois nuisibles en douze heures que le capitalisme en douze ans. Pas question de continuer àfabriquer des colorants alimentaires, des porte-avions ou des contrats d’assurance...

Pas de « plein emploi  », une vie bien remplie !

Martine Aubry, qui a privé les moins de 25 ans de l’allocation d’insertion (1 500 F), refuse de leur donner un revenu sous prétexte que ce serait un « aveu d’échec pour la société  » [Le Monde, 23-1-1998]. Georges Jollès, vice-président du CNPF, renchérit : « Si l’écart entre SMIC et minima est trop faible, l’incitation àla recherche d’emploi s’affaiblit  » [Le Monde, 20-1-1998].

Patrons et socialistes, pour ces gens l’échec ça n’est pas que des gens soient privés de tout, ce qui compte c’est de les plier àl’idée et àla morale du travail, même s’il n’y en a plus...

La « société du travail  » de Jospin a deux slogans : « Travailleurs, craignez le chômage et fermez vos gueules » et « Chômeurs, humiliez-vous pour mendier un emploi que vous n’aurez pas !  ».

Cette « horreur économique  » n’est pas une fatalité imposée àl’humanité pécheresse par un « dieu  », et pas non plus une loi incontournable des sociétés soi-disant développées. L’économie est la vision du monde de la bourgeoisie, le mode d’organisation particulier au système capitaliste que nous voulons justement détruire.

Impossible de faire l’économie d’une révolution pour détruire un monde où l’horreur est monnaie courante.

Des chômeurs/meuses actifs/ves
texte issu des AG de chômeurs et précaires de Jussieu - hiver 97/98.

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