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Siège virtuel de l’UNÉDIC

tentative de bilan

dimanche 25 novembre 2001, par le réseau d’AC !

Novembre 1999...

La campagne a commencé dès le 1er octobre 1999 (avec l’ouverture « théorique  » des négociations) : des actions dans les ASSÉDIC, du blocage d’un TGV de patrons àl’interpellation publique de syndicalistes...

En novembre 99, un groupe s’est constitué àParis pour faire campagne autour du centre de pouvoir qu’est le siège de l’UNÉDIC, avec l’idée de faire un campement permanent pendant toute la durée des négociations, la police y mettra fin dès le premier jour ; l’idée se poursuit avec le siège virtuel de l’UNÉDIC... chaque jour des actions dans les différents sièges des partenaires sociaux.

Tentative de bilan de ce siège... virtuel.


Le siège « virtuel  » de l’UNÉDIC :
tentative d’un bilan, d’une analyse et d’un projet de continuité.

- INTRODUCTION

Cela fait maintenant 65 jours que l’action « campement de l’UNÉDIC  » est en cours. Il est peut-être temps d’en faire une évaluation et une analyse, dépassant le simple compte-rendu.

En effet c’est et ce sera une expérience dont on pourra tirer de multiples leçons et qui ouvre des chemins de réflexion sur la continuation pratique et théorique du mouvement social.

Dans sa conception initiale l’action dite « du campement  » restait assez proche de l’occupation àlongue terme (comme pôle de ralliement) combinée avec des actions àl’extérieur (afin d’élargir le mouvement, jusqu’ici rien de plus traditionnel pour AC !).

C’est en étant confronté àla présence massive des forces de l’ordre, dès la première tentative d’occupation du terrain vague qu’une nouvelle réflexion a pu être entreprise.

L’A.G. du soir du 8 novembre a réussi às’adapter « au terrain  ». Confrontée àl’impossibilité physique d’installer le « campement  » elle a choisi pour l’essentiel, c.à.d les actions ponctuelles qui étaient planifiées dès la conception de l’action, le siège de l’UNÉDIC est devenu virtuel.

Nous pourrons dire qu’au lieu d’une « guerre sociale  » nous avons privilégié une « guérilla sociale  ». Le terme même renvoie àune mode d’action défini par des harcèlements répétitifs et en principe de longue durée.

Dans cette sorte d’action, ce qui mine l’ennemi, c’est qu’il n’y a pas d’adversaire massif visible àabattre ou àconcilier et en plus que son autorité, sa puissance est continuellement mise en cause par des incursions sur ce qu’il considère comme « son  » terrain.

Il serait complètement inadéquat d’essayer d’évaluer cette sorte d’action avec les critères habituels.

En effet, ni la médiatisation, ni la mobilisation des « masses  », peuvent raisonnablement être considérées comme un étalon pour mesurer l’efficacité de l’action.

Bien sà»r il y a eu nécessairement un blocus des médias. La seule riposte possible pour l’adversaire ,qui connaît ni le but, ni la forme de l’action, mais qui est bien conscient de son existence est d’essayer de la rendre invisible.

C’est vrai que nous n’avons pas de réelles réponses. Bien que nous essayons de maintenir des contacts avec les journalistes, le système de « filtrage  » se situe àun niveau hiérarchique supérieur. Il est intéressant en outre de constater une certaine efficacité dans la circulation de l’information dans les « couloirs  ». A maintes reprises des journalistes nous ont fait part « hors micro  » de l’importance de l’action.

Il est essentiel de se rendre compte que l’ampleur de ce blocus est un indice de l’importance que les pouvoirs accordent àcette action. Croire qu’il suffit d’un meilleur « service de presse  » serait illusoire et ferait preuve d’une analyse volontariste simpliste.

L’information circule certes, elle est bloquée certes mais la seule façon de la faire passer sera de nouveau un harcèlement continu (fax quotidien, rappel de non-diffusion àchaque rencontre avec la presse, etc...).

Cette tactique vise essentiellement àcréer un conflit interne entre les journalistes sur les lieux et leurs hiérarchie. Ceci cadre parfaitement dans une tactique d’usure.

De plus, la nature même des actions permet des forces relativement faibles et « discrètes  ». Ce n’est pas pour autant que l’action soit invisible ou sans résultat. Vu le fait que les militants engagés dedans (hormis un « noyau dur  ») tournent et changent àchaque fois, une information « interne  » au sujet de ces actions a circulé sur un niveau relativement large.

On estime àpeu près à150 personnes les différentes militants qui ont participé àun moment ou àun autre ànos actions « commando  ». (voir annexe I en bas de page)

De nouveau l’élément de harcèlement est essentiel. Depuis les 65 jours que nous sommes ici, deux fois seulement les forces de l’ordre ont, plus ou moins, réussi ànous interdire l’entrée des lieux que nous voulions investir. Cela aussi est un élément déstabilisant qui ne se voit pas nécessairement de l’extérieur. Mais les nombreuses remarques des Renseignements Généraux indiquent bien un malaise, un aveu d’incompétence qui est politiquement important.

Ceci n’est pas dérisoire, àplusieurs reprises nous avons pu constaté que les décisions au sujet du déploiement et du comportement des forces de l’ordre ont été prises au plus haut niveau. Mettre en cause l’efficacité de l’appareil répressif, quand il est commandé directement par le Ministère de l’Intérieur, est un acte politique qui fait pression et déstabilise un gouvernement déjàfragilisé. (voir annexe II en bas de page)

Il faut commencer àanalyser les résultats, divers mais concrets, de cette action.

- LES RÉSULTATS

I.1 Grâce au travail fait depuis deux mois et demi, AC ! et dans une moindre mesure les autres associations de chômeurs sont perçues différemment par nos interlocuteurs. Les actions ponctuelles menées sur Paris ont amené les partenaires sociaux ànous prendre plus au sérieux. C’est la première fois que AC ! a interpellé et a pu discuter d’égal àégal avec tous les syndicats patronaux (CGPME, UPA, MÉDEF).

Même l’attitude de la plupart des syndicats de salariés est nouvelle. Nous sommes maintenant considérés comme des partenaires valables malgré notre combativité.

La pression exercée au niveau national (en premier lieu àMarseille) et le harcèlement ponctuel mais persistant àParis a permis pour la première fois l’obtention d’une prime gouvernementale globale indépendamment des rapports de forces locaux.(naturellement cette prime est insuffisante par son montant et par le fait qu’elle ne concerne que certaines catégories de précaires)

I.2 Grâce àla présence des militants engagés dans le « siège virtuel de l’UNEDIC  », AC ! a eu, pendant deux mois et demi, un vrai secrétariat national et une permanence réelle a été assurée.

De même les collectifs parisiens ont vu une petite relance de leur activité.

I.3 L’organisation de la manifestation nationale du 11 décembre a du être pris quasiment intégralement en charge par ce qui pourrait s’appeler le « Collectif UNÉDIC  ». Le résultat fut un succès. Non seulement les chômeurs et les précaires ont su se faire soutenir par les organisations politiques, mais encore ils ont imposé que leurs organisations défilent, seules, en tête de la manifestation et ceci avec une mobilisation significative. (voir annexe III en bas de page)

- LES MANQUES

Ces résultats tangibles ne doivent pas occulter certains manques dans la conduite de l’action.

II.1 Confrontés àl’inertie antérieure du fonctionnement d’AC ! nous n’avons pas su faire comprendre assez rapidement l’importance du changement de forme de l’action. Les collectifs locaux n’ont sans doute pas tous eu les données pour comprendre la transformation d’un « campement  » en une suite d’actions de harcèlement. Nous n’avons pas su trouver le temps de faire un bilan constructif de nos actions.

II.2 Au départ le succès de l’action « UNÉDIC  » devrait se baser sur la rotation des militants présents. Ce concept originel n’a pas pu se concrétiser, sans doute faute d’explication suffisante. Cela a engendré pour les militants sur place un accroissement de fatigue et de manque de temps d’évaluation. Donc un certain automatisme s’est installé. En résumé, vu la faiblesse de notre force sur Paris, il nous a manqué du temps pour la réflexion. Pourtant certaines propositions peuvent être faites pour l’avenir.

- PROPOSITIONS

III.1 L’action UNÉDIC doit se poursuivre autour de l’axe défini par Claire VILLIERS : l’organisation d’une table ronde pour la mise àplat du système de solidarité (idée reprise sous une forme bâtarde par la « CGT Salariés Privés d’Emploi  »). Il est primordial que cette table ronde permette un élargissement vers les autres mouvement syndicaux (SUD, Groupe des Dix, etc...) et d’autres associations.

Pour que cette table ronde ne soit pas une simple formalité il semble nécessaire de constituer un groupe d’étude qui puisse formuler des propositions concrètes àfaire valider par les prochaines Assises.

Il est important que la poursuite de l’action UNÉDIC crée une dynamique d’action dans la continuité.

Même si un travail d’explication doit être fait vers les différents collectifs, la réalisation de cette table ronde devrait être un fil conducteur et unifiant pour au moins 6 mois.

Tout un essaim de revendications, étroitement liées, peuvent renforcer ce fil conducteur et aider àsa continuité.

III.2 L’allocation d’urgence (ou une autre de ses dénominations), non obtenue dans beaucoup d’endroits et pour beaucoup de catégories, doit rester une revendication et un pôle d’actions pendant toute l’année.

La même chose s’applique àl’effacement global des dettes des précaires. Si l’effacement des dettes semble acquis àcertaines catégories, la lutte prouve que l’on peut obtenir l’élargissement de ces mesures et même des remboursement d’impôts payés (comme àClermont-Ferrand).

Un travail doit être fait sur la Couverture Médicale Universelle (CMU).

Le gouvernement a intentionnellement joué la carte de la division entre catégories de précaires et leurs revendications, c’est ànous de les unifier. Il est important de comprendre qu’en fait tous ces problèmes sont liés. Il est tactiquement essentiel de ne pas changer de cap tant que nos revendications n’ont pas abouti.

III.3 Notre présence au local du secrétariat national a aussi rendu évident la nécessité d’une meilleure organisation et d’un meilleur fonctionnement de celui-ci. L’expérience de ces deux mois et demi a montré l’impératif qu’une réelle permanence doit être tenue (nombreux coups de téléphone, visite de précaires, appel de la presse, etc...) L’instauration d’un système rotatif pourrait garantir la tenue de cette permanence. Même si cela pose des problèmes techniques (logistique) le plus simple serait sans doute la présence, en alternance, de militants de province (épaulés naturellement par des parisiens) car cela offrirait plusieurs avantages : les militants sur place bénéficieraient d’une formation accélérée et d’une compréhension plus globale du fonctionnement d’AC ! comme réseau national.

L’absente localement de « cadres  » pourrait inciter les militants àprendre plus de responsabilités sur place.

III.4 D’après ce nous en avons vu, le fonctionnement des collectifs parisiens semble avoir besoin d’un petit coup de pouce. Dans un premier temps il semble nécessaire de mettre sur pieds une coordination « Ile de France  » afin de pérenniser l’effet produit par la présence des provinciaux àParis (ouverture entre les différents collectifs, y compris de la banlieue, rupture avec les anciennes habitudes de fonctionnement).

Même si nous rejetons le jacobinisme ambiant, il faut bien reconnaître que dans la situation spécifique française, une pression, àla base, sur le centre de décision est nécessaire. Il est donc extrêmement important qu’àParis la pression ne se relâche jamais.

III.5 En plus l’analyse du fonctionnement du secrétariat national montre la nécessité de mesures plus larges

    • a) nous ne connaissons pas nos forces réelles. Il semble nécessaire de former un groupe de travail dont la tache serait d’aller se renseigner localement sur le fonctionnement des différents collectifs pour répondre àquelques questions essentiel :
      • où AC ! existe réellement ?
      • quel est le profil du collectif ?
      • quel est sa constitution sociologique ?
      • quel sont ses activités ?
      • quel sont ses modes d’actions ?
      • comment est il implanté ?
      • quel sont ses relations avec les autres formations politiques, syndicales et associatives ?

Cela nous permettrait d’avoir une carte des AC ! actifs en France et de connaître leur nature.

    • b) Dans la perspective de l’organisation des Marches Européennes (autour de la prise de présidence de la France en juin 2000) ce même travail semble nécessaire en Europe. Ce recensement pourrait làaussi permettre de répondre àquelques questions :
      • avec qui prendre contact dans les différents pays ?
      • comment concevoir les accueils en France ?
      • comment organiser l’aspect combatif de ces marches ?
    • c) De plus il es devenu clair que les combats autour de la mondialisation regardent aussi AC ! Certes les contacts avec des organisations travaillant sur ce thème (ATTAC, Confédération Paysanne, etc...) doivent être renforcés, mais àce niveau aussi les relations de base àbase doivent être privilégiées.

Au fond toutes ces propositions ne sont qu’une tentative d’expliciter la contradiction interne àAC ! :

D’un côté la conception d’un combat syndical essentiellement axé sur le plein emploi.

De l’autre côté la traduction des revendications de la base des précaires axée sur le revenu.

A de nouveaux problèmes, il faut de nouvelles solutions et il nous semble clair que AC !, surtout dans son fonctionnement interne, doit être "Autre Chose".

- Annexe I

Dans toutes les théories micro-sociologiques il est accepté que sur un terrain de haute densité de population la présence de 150 personnes sur un "événement" implique qu’au moins 1500 personnes soit au courant dans les détails et que 15000 personnes ont des vagues connaissances que quelque chose se passe. Ceci en dehors de tout circuit médiatisé.

- Annexe II

Ce qu’on appelle entre nous « le dispositif Colonel Fabien  » est instructif. C’est une forme d’intervention des forces de l’ordre assez nouvelle et étonnante. En effet, encercler un groupe de militants (àla sortie du métro, devant une mairie), les tenir immobilisés...mais ne pas les embarquer, semble étonnant.

On a pu constater tout le long de notre action une attitude « téléguidé  » des forces de l’ordre. C’était clair, par la lenteur des décisions, par l’attitude « douce  » que des instructions très précises ont été données.

- Annexe III

Il ne faut pas sous-estimer l’importance du déroulement « bizarre  » de la manifestation du 11 décembre. Pour la première fois depuis des années une manifestation s’est déroulée sans « carré de tête  », de « notables  ». Ce phénomène a été d’ailleurs largement repris par la presse.

Un nouveau rapport de force s’est installé.

Dorénavant les partis politiques et les associations de chômeurs sont des partenaires d’égale importance.

Ce rapport de force n’a pu se créer que grâce àdes négociations dures et pénibles, mais fructueuses.

tentative de bilan par :

Charles - AC ! 23
Farid - AC ! Planétaire
Marie - AC ! Bordeaux CUB
Pierre - AC ! Bordeaux CUB
Sylvie - AC ! 23


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