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CARGO en deux mots

par le collectif lui-même

dimanche 10 octobre 1999, par le réseau d’AC !


Le Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal (CARGO) s’est constitué en mars 1994 lors du mouvement contre le SMIC-jeune. Pour la première fois les scolarisés se sont attaqués aux formes du salaire social, c’est àdire détaché de l’implication productive individuelle en entreprise. Il s’agit pour nous de contribuer aux débats et aux initiatives susceptibles de prolonger ce moment de refus. Les formes actuelles du salaire social, les diverses allocations existantes, leurs conditions d’attribution, la hiérarchie des salaires, sont àcombattre comme autant de dispositifs arbitraires garantis par l’Etat.

En mars dernier la recomposition politique ponctuelle qui s’est opérée dans la rue a enfin mis sur le devant de la scène l’enjeu du salaire social. Des étudiants, rapidement rejoints par d’autres précaires ont clairement exprimé leur refus d’être réduits àde la main d’Å“uvre fonctionnelle au développement capitaliste. Cette rupture avec la passivité et la résignation a marqué la fin de l’hiver libéral. Elle a démontré que l’initiative capitaliste ne saurait avoir libre cours.
Le niveau élevé atteint par la socialisation de la production des richesses matérielles et sociales, le brouillage de l’ancienne frontière entre temps de travail et temps de vie, sont autant de tendances déterminantes pour une reprise de l’activité critique. Pari politique, nous pensons que l’auto-défense sociale contre l’exploitation du travail précaire constitue un préalable àla mise en oeuvre de formes d’auto-organisation, àune recomposition politique plus durable.

Pour contribuer àl’organisation des précaires nous nous apprêtons àpublier un journal d’information et de débat. Dans le même temps nous tentons de réunir les moyens de sortir tracts, feuilles d’agitation et journaux muraux afin de participer directement aux luttes en cours et àvenir.

Qu’il s’agisse de la remise en cause du statut d’intermittent du spectacle, seul statut qui reconnaisse la précarité du travail, exemple de dissociation du revenu et du travail, ou qu’il s’agisse du travail de formation effectué gratuitement et àleurs frais par les scolarisés, multiples sont les domaines de la production reposant sur le travail précaire. Bien que sous payé, dépourvu de modes d’organisation collective et aussi dissimulé soit-il par les discours àtonalité philanthropique sur l’exclusion, le travail précaire est devenu central pour un mode de produire en constante évolution. L’enchaînement de périodes de chômage, de temps de formation, de missions ponctuelles et de contrats àdurée déterminée tend ainsi àdevenir la norme de la condition salariale. C’est qu’en fait la production a connu une extraordinaire mutation. Elle repose désormais sur une intellectualisation, une disponibilité et une polyvalence du travail sans précédent. L’usine s’est diffusée àtoute la société, le travail est désormais social.

Un des axes d’intervention du collectif sera d’appuyer les luttes de précaires, tant dans les entreprises que sur le terrain social. En entreprise, sous contrat àdurée déterminée, en intérim, àtemps partiel, en stage, les précaires sont le plus souvent trop vulnérables pour s’opposer de manière ouverte àl’exploitation. Nous tâcherons partout où cela sera possible de rendre publics des conflits qui se déroulent généralement dans l’ombre. Il faudra chercher ensemble comment aller au-delàdes solutions individuelles déjàmassivement pratiquées (démissions, piratage, perruque, etc...) comment agir au grand jour pour défendre nos intérêts.
Le phone marketing fournit un bon exemple de secteur de service àla grande rentabilité. Il emploie une main d’Å“uvre qualifiée, apte ààla communication, une force de travail immatérielle. Pourtant la qualité du rapport de force des salariés ne s’y mesure qu’àleur aptitude àcontrôler relativement (individuellement) leur mobilité, àopter pour des durées de travail ouvrant droit aux allocations ASSEDIC, les Allocations Formation Reclassement (AFR) par exemple. Un salaire direct faible, des conditions de travail stressantes dues àune organisation autoritaire sont le lot des salariés du secteur. Un collectif a démarré une activité d’enquête et d’agitation que nous nous efforcerons de soutenir. Cela ne constitue qu’un exemple parmi mille autres d’interventions possibles en entreprise. Celles ci auront lieu en fonction des initiatives des premiers concernés.

Sur un terrain plus directement social, le contrôle disciplinaire des différents allocataires que nous sommes tous appelés àêtre àun moment ou àun autre doit et peut être contré. En créant une permanence d’informations juridiques et sociales nous souhaitons faciliter la défense des cas individuels et leur éventuelle exemplarisation, mais aussi favoriser les rencontres entre ceux qui tentent d’impulser des luttes contre le travail et l’exploitation. La récente décision de la Caisse d’Allocations Familiale de Paris de procéder àdes visites domiciliaires chez des allocataires du RMI ne peut laisser indifférent. Nous invitons ceux qui jugent nécessaire de s’opposer àcette politique àprendre contact avec nous pour envisager ensemble les moyens de le faire.
Autre projet, nous allons organiser une fête de soutien àprix libre afin de financer partiellement nos activités et, plus essentiellement, d’expérimenter un mode de rencontre et de sociabilité qui soit cohérent avec la perspective d’une vie libérée du travail salarié. Suggestions et contributions sont bienvenues. Le Collectif d’Agitation pour un Revenu Garanti Optimal (CARGO) s’est constitué en mars 1994 lors du mouvement contre le SMIC-jeune. Pour la première fois les scolarisés se sont attaqués aux formes du salaire social, c’est àdire détaché de l’implication productive individuelle en entreprise. Il s’agit pour nous de contribuer aux débats et aux initiatives susceptibles de prolonger ce moment de refus. Les formes actuelles du salaire social, les diverses allocations existantes, leurs conditions d’attribution, la hiérarchie des salaires, sont àcombattre comme autant de dispositifs arbitraires garantis par l’Etat.

NDLR : ànoter que le collectif s’est dissous en 1999.

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